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Une tribune de Michel Hollard

Samedi 2 juillet, nous avons appris la nouvelle de la mort de Michel Rocard. Depuis les éloges pleuvent, de Mélenchon à Sarkozy. Seul Jean-Marie Le Pen, celui qu’il a vigoureusement combattu lorsqu’il était militant de l’UNEF à l’Institut d’études politiques de Paris, a manifesté son hostilité en condamnant le soutien de Michel Rocard au FLN et à l’indépendance de l’Algérie dans les années 1960.

Pour de nombreux grenoblois, Michel Rocard fut d’abord connu sous le nom de Georges Servet, pseudonyme qu’il avait choisi  malgré (ou à cause de ?) son éducation protestante, pour échapper à son devoir de réserve de haut-fonctionnaire (il était inspecteur des finances), en référence à Michel Servet qui fut brûlé vif par les calvinistes genevois pour avoir fait preuve d’indépendance intellectuelle.

Georges Servet fut connu d’abord pour les stages de formation du PSU et, dans l’Isère, pour ses interventions au Centre d’études socialistes lors de week-end à Crolles et à la « salle des concerts » de Grenoble (actuelle salle Juliette Berto). Et c’est lors de la Rencontre socialiste de Grenoble, des 30 avril et 1er mai 1966 que le grand public découvrait qu’un nouveau leader politique était apparu, à côté de la figure tutélaire de Pierre Mendès France qui, au regret de beaucoup, avait refusé de se présenter à l’élection présidentielle de 1965.

Lorsqu’on relit, 50 ans après, les débats qui ont eu lieu lors de la rencontre de Grenoble, on voit clairement apparaître, mise à part la question de l ‘élection du Président de la République au suffrage universel, un clivage qui séparait deux conceptions du socialisme : Pour les uns l’instauration d’une société socialiste avait comme condition nécessaire le contrôle des moyens de production et d’échange par un État national pratiquant une authentique démocratie.

Pour les autres, parmi lesquels Georges Servet – Michel Rocard, l’essentiel était d’atteindre des objectifs de justice sociale et d’épanouissement des hommes de la manière la plus rationnelle possible. Dans cette optique, la coexistence d’un secteur étatique animé par une volonté politique forte et d’un secteur privé prenant en charge la production et l’innovation dans un contexte planifié bien défini, apparaissait comme la voie à emprunter pour un socialisme moderne.

La rencontre de Grenoble fut ouverte par un discours de Hubert Dubedout, dont la liste GAM PSU SFIO avait été élue un an auparavant, discours dans lequel il avait regretté l’absence de propositions sur la place essentielle qu’il convenait d’accorder aux collectivités territoriales dans un état moderne décentralisé.  Ce thème fut développé ultérieurement dans la suite des rencontres, grâce notamment au rapport marquant de Georges Servet « décoloniser la province ». On passait alors insensiblement de la lutte pour le droit des peuples colonisés à disposer d’eux-mêmes à un militantisme basé sur les initiatives locales et espérant l’autogestion.

Les analyses de Michel Rocard ne pouvaient rencontrer plus d’échos qu’à Grenoble, où cette volonté d’associer rationalité, analyse patiente et réfléchie des réalités et engagement local pour une société plus juste était très présente (rappelons-nous par exemple la défense de la section syndicale chez Neyrpic en 1962, mais aussi la création des unions de quartier, l’action culturelle de Peuple et Culture et en faveur de la Maison de la Culture qui ont abouti à l’élection de la municipalité Dubedout en 1965). Il n’est donc pas étonnant que Michel Rocard fut souvent venu à Grenoble et y connut de nombreux amis. Dans sa dernière interview au « Point », il  rendait du reste, quelques jours avant sa mort, hommage à la figure de Hubert Dubedout  pour s’être   progressivement engagé en politique à partir de son action locale.

D’une certaine manière la perspective de GO Citoyenneté est proche de l’action et des thèses développées par Michel Rocard. Pourtant une différence essentielle ne doit pas être masquée. Michel Rocard a été successivement secrétaire des étudiants socialistes de la SFIO, exclu de la SFIO pour son opposition à la politique algérienne de Guy Mollet, il fut ensuite membre du Parti socialiste autonome (PSA), puis du Parti socialiste unifié (PSU) et a rejoint le Parti socialiste en 1974. Il a toujours été persuadé que, quelles que soient les divergences qui pouvaient exister, l’appartenance à un parti s’inscrivant dans une tradition historique longue était nécessaire, même au prix de compromis. C’est la raison pour laquelle, par exemple, son choix pour Grenoble ne fut pas celui de GO dans la campagne municipale de 1995 car il entendait respecter les arbitrages du Parti socialiste. Il avait soutenu les candidatures de Michel Destot aux élections municipales et était resté en relation avec lui.

Nous écoutions toujours cependant avec intérêt ce qu’il disait car il avait usé pleinement, voire abusé aux yeux des apparatchiks, de sa liberté d’expression.

La sienne était grande, surtout depuis qu’il avait renoncé à des fonctions politiques nationales.

Sa voix va nous manquer.

Michel Hollard

8 juillet 2016

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Une réponse

  1. BENOIT Nicole dit :

    Merci Michel pour cette analyse
    Nicole BENOIT

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