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« Non seulement les Français les plus pauvres sont loin d’être les plus mobilisés dans le mouvement, mais ils pourraient en plus être les victimes collatérales des mesures réclamées par les « gilets jaunes ».

Nous reprenons ici des extraits de l’article du sociologue Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS.

 

« Les plus pauvres peu mobilisés

Il est évidemment très difficile aujourd’hui d’avoir un vue objective et fondée sur des données fiables et exhaustives de la composition sociale du mouvement des « gilets jaunes ». Mais on a le sentiment que les personnes comptées comme pauvres par la statistique publique – selon l’Insee, le seuil de pauvreté monétaire en France s’élevait à 1 026 euros par mois en 2016 – n’en constituent pas le cœur, même si bien sûr certaines d’entre elles en font partie et témoignent d’ailleurs dans les médias. …/…

Vraisemblablement, les personnes vivant sous le seuil de pauvreté ne sont pas les plus impliquées dans le mouvement.…/…

Les pauvres aujourd’hui ne sont pas des paysans (bien qu’il y ait des paysans pauvres bien sûr), mais pour une large part des chômeurs. Le dernier rapport du groupe d’experts sur le smic rappelait que « les deux principaux facteurs de pauvreté sont une durée travaillée trop faible et la taille du foyer et non le niveau de salaire horaire ». De fait, les chômeurs sont les plus touchés par la pauvreté : leur taux de pauvreté est de 38% contre 14,5% pour l’ensemble des Français, selon l’Insee. Eux aussi, comme les paysans de Marx, sont isolés et parfois désocialisés. Le chômage de longue durée est associé également à un faible niveau d’étude et à un faible niveau de participation sociale qu’il s’agisse de la participation associative, du vote, de l’intérêt pour la politique. Les pauvres et les chômeurs sont donc peu armés pour participer activement à un mouvement social.

Pauvres et classes moyennes ont-ils des intérêts convergents ?

Pour autant, bien sûr, le sentiment de pauvreté ne s’arrête pas au seuil de pauvreté (qui est très bas, rappelons-le, un peu plus de 1 000 euros par mois pour une personne au seuil de 60% du niveau de vie médian), et de nombreuses personnes non comptées comme pauvres ont de bonnes raisons de se sentir pauvres. …/…. Mais, au-delà, la question centrale est la suivante : les intérêts des plus pauvres des Français convergent-ils avec ceux des « gilets jaunes » qui représentent plutôt une France des classes moyennes telle que nous l’avons définie au début ? On peut en douter pour plusieurs raisons.

  • Tout d’abord, ce mouvement a pris une forte teinte antifiscale. On le comprend d’ailleurs dans un pays où le montant des prélèvements obligatoires est le plus élevé de tous les pays européens. Baisser la pression socio-fiscale est donc certainement nécessaire. Mais attention. N’oublions pas que cet argent public permet de financer des prestations sociales qui, en France plus qu’ailleurs, constituent une part importante des ressources des personnes aux revenus modestes et plus encore des personnes sans activité professionnelle. 35% du revenu disponible des ménages dont la personne de référence est sans activité professionnelle provient de prestations sociales (6% pour l’ensemble des ménages).

Baisser le niveau de prélèvements obligatoires, objectif louable, conduira à faire des arbitrages inévitablement douloureux, car contrairement à ce que pensent sans doute beaucoup de « gilets jaunes », il n’y a pas en France de trésor caché dans lequel on pourrait puiser.

  • Alors bien sûr revient la question lancinante de l’ISF et l’idée simple de « faire payer les riches ». L’abandon de l’ISF a certainement alimenté le sentiment d’injustice (le « président des riches »), mais son importance macroéconomique en termes redistributifs est totalement surévaluée quand on met en rapport le coût de son retrait (un peu plus de 3 milliards) et la masse de l’ensemble des prestations sociales (775 milliards en 2016, selon un rapport de la Drees). La question demeure donc : qui seront les gagnants et les perdants d’une refonte massive des prélèvements socio-fiscaux ?

Il est bien possible par ailleurs qu’une partie des « gilets jaunes » pense que des Français pauvres ou des étrangers (qui font largement partie des pauvres) bénéficient de façon indue de ces prestations. Nous avions vu ce mouvement d’opinion dans l’enquête que nous avions consacrée aux représentations des inégalités et à la justice fiscale (La France des inégalités. Réalités et perceptions, Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2016), que certains de mes collègues avaient appelé le populisme économique. Le sentiment d’injustice fiscale s’y révélait très élevé, surtout chez les Français proches de l’extrême droite, et lié à l’idée que certains bénéficient d’avantages indus et pas seulement les riches. Plusieurs observateurs ont noté la présence, dans le mouvement actuel, du thème du rejet de l’assistanat, qui n’est pas sans faire écho aux propos déjà anciens de Laurent Wauquiez sur le « cancer de l’assistanat ».

En tout état de cause, nombre de « gilets jaunes » expriment ne pas être assez pauvres pour bénéficier d’aides sociales, ni assez aisés pour bénéficier via les fameuses niches fiscales, de diverses formes d’évitement de l’impôt. Ils se trouvent dans cet entre-deux socio-fiscal qui caractérise de fait assez bien la classe moyenne.

Qui pour défendre les pauvres ?

Aujourd’hui en France, qui politiquement défend les pauvres, ou s’en fait le porte-voix ?

Ni les partenaires sociaux dont les mandants sont des insiders, ni les partis politiques peu concernés par des catégories largement abstentionnistes. Si la cause des pauvres est défendue depuis longtemps par des associations, ils demeurent les grands absents du débat politique qui s’engage avec ce mouvement.

Tous les partis d’opposition ont pris fait et cause pour les « gilets jaunes », cette France des petites classes moyennes. Certaines des revendications avancées par ces derniers et soutenues par quelques partis, si elles étaient satisfaites, porteraient pourtant un tort certain aux Français les plus pauvres et d’abord aux chômeurs et aux jeunes peu qualifiés.

Beaucoup d’économistes nous rappellent (et au premier rang desquels le comité d’experts indépendants sur le smic) qu’augmenter le salaire minimum conduirait à la croissance du chômage surtout pour les peu ou pas qualifiés. Le même groupe d’experts rappelle qu’augmenter la prime d’activité est une mesure plus efficace pour lutter contre la pauvreté.

…/…

Mais il est vrai que cette politique a laissé de côté la question des classes moyennes dont, on l’a dit, le pouvoir d’achat stagne depuis dix ans. Comment donner satisfaction à cette partie de la population, sans renoncer à porter remède à l’inégalité structurelle qui touche les plus pauvres ? Telle est une partie de l’équation à plusieurs inconnues que doit tenter de résoudre l’équipe au pouvoir. »

 

https://mobile.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/point-de-vue-gilets-jaunes-et-les-pauvres-dans-tout-ca_3098567.html?fbclid=IwAR3AL12xU3JvDNdHkLyMReoCDbbbePOfo9N1YgsG-MXnqeoOsPmoeIdVMfo#

2 réponses

  1. Bornioli dit :

    Pourquoi une analyse socio-économique là où se pose réellement la question des équité sociale.
    Jamais aucune analyse quantitative n’est capable de donner matière à recherche de solutions.
    Il est nécessaire D’observer les sociétés dans leurs ensembles et d’obtenir des retours de la capacité de chacun à trouver ou non une place légitime qui ne porte pas atteinte à la dignité.

    Le thermomètre n’a jamais guéri un malade.
    Il y a une indécence dans cet article.
    Et cela même si il est fait constat de la pauvreté chez les chômeurs, Ce qui n’est vraiment pas une révélation.
    Le chômage est un moyen utilisé par les dominants. Il permet de créer les conditions d’emploi s précaires.

  2. Chiffard Martine dit :

    Totalement d’accord et ce, depuis le début du mouvement. Et les mesures financières d’accompagnement ne seront ou ne seraient que des palliatifs qui ne résolvent rien sur le fond. Enfin. Il n’est pas sûr que la solution de l’équation ne soit que politique elle s’inscrit plutôt dans du moyen voire long terme.

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