« Ville de demain » une démarche qui manque encore de lisibilité

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Lors du Conseil Municipal du 25 Janvier, le Maire a présenté la démarche « Ville de demain ». Nous reproduisons ici l’intervention de Paul Bron au nom de GO Citoyenneté ainsi que la délibération en question.

« Bonjour à toutes et à tous

« Ville de demain », voila un projet qui devrait tous nous fédérer et qui va engager, d’une certaine façon, l’avenir de Grenoble.
Mais nous l’avons découvert, comme ça, il y a 15 Jours, dommage que nous n’ayons pas eu un cadre de travail commun, majorité et opposition, pour faire avancer ensemble cette idée. La dimension de tracer l’avenir de notre ville nous concerne tous.
Vous nous proposez donc une démarche pour façonner la ville de demain :« pour relever les défis de l’avenir, les villes doivent s’organiser et réinventer leurs capacités à résoudre les problèmes et les conflits, à tracer collectivement les perspectives qui donnent du sens à la ville vivable et durable. » et vous identifier 3 défis :
– le premier réinterroge la densité en ville et intègre les questions de logement, de déplacement, de nature en ville, de tourisme et de … mixité sociale …
– Le deuxième s’attache à la production du bien commun, la démocratie locale, les initiatives citoyennes et encore la co construction
– Enfin le 3eme défi est celui du numérique et de l’accès à l’information.
Ce qui m’étonne dans ce 3eme défi, c’est que vous abordiez uniquement par le numérique des défis majeurs pour notre ville comme celui du partage des richesses, de la solidarité, de l’économie du partage. Et qu’en est-il des inégalités sociales, familiales, éducatives… Ces questions auraient pu disposer d’un défi en tant que tel. C’est malheureusement une façon de les diminuer considérablement que de les réduire à une dépendance de l’information.

Par contre oui bien sur, pour accompagner une société locale vivable et durable, oui pour réduire les inégalités,  encourager l’innovation,  rassembler toutes les énergies citoyennes…
Si j’essaie d’interpréter votre projet au delà des mots, je le vois comme une façon de rechercher, et de générer des recettes dans des secteurs innovants. Et la recherche de recettes nouvelles c’est bien ce qui manquait cruellement dans votre budget prévisionnel 2016. A ce titre je ne peux que partager votre démarche tout en faisant remarquer qu’il existe aussi d’autres richesses de la vie municipale qui devraient aussi retenir toute votre attention et votre énergie.

Cependant la lecture de votre projet « ville de demain » m’amène à vous renvoyer plusieurs limites et contradictions :
1. La première limite c’est celle de votre discours. Le projet est rédigé dans un verbiage imbuvable où l’on retrouve toute une phraséologie abstraite et lunaire. Un de vos amis la qualifie ainsi, je le cite : « je crois qu’on retrouve tous les mots clés de la novlangue techno de gauche. Évidemment personne ne comprend rien. »
Si vous espérez toucher des gens nouveaux, concerner de nouveaux habitants, voir peut être, des classes populaires et bien c’est raté. Ce langage ne s’adresse qu’à une classe sociale très typée qui maitrise le langage et les concepts. Bien sur, encore une fois on retrouve des idées, sur lesquels on ne peut qu’être en accord et que l’on partage. Mais quand on construit une ville, on la conçoit, on la bâtit avec tout le monde. Un projet de ville de demain, ce doit être l’affaire de tous et pas l’expertise des seuls gens qui se croient « éclairés »
Quand vous passez aux outils ce n’est pas plus clair. Vous proposez une fabrique : un espace de dialogue et d’échanges pour éclairer l’action collective…et vous proposez comme éclairage…une contribution à une conférence internationale sur l’habitat. On est toujours dans les hautes sphères.
Heureusement, il y aura un kiosque pour s’adresser au grand public. On en aura bien besoin pour que la réflexion sur la ville de demain ne soit pas qu’une affairer de spécialiste mais qu’elle devienne l’affaire de tous.

2. Pourquoi rester centré sur la ville centre. Qu’en est-il de la dimension de l’agglomération et de la Métropole. Que veut dire une ville-centre qui fait cavalier seul sur des sujets aussi sensibles ? Il manque de façon cruciale la dimension intercommunale à votre projet.

3. Qu’en est-il de la ville d’aujourd’hui ?
Pour donner de la consistance à votre démarche et éviter de « tirer des plans sur la comète » on doit le lire en référence aux actions que vous avez mises en place depuis bientôt 2 ans, dans tous les domaines que vous énoncez pour la ville de demain.
A défaut d’actions concrètes et d’un budget approprié pour ce grand projet de « ville de demain »  il nous faut la confiance pour que l’on s’engage avec vous, l’espoir que de poser ces questions sera une façon de s’engager tous ensemble, à les résoudre. Et cela ne peut que reposer sur notre appréciation de la réalité de vos 2 années de gestion municipale.
Mais après l’expérience de 2 années, on s’aperçoit que les idées que vous proposées dans le projet, sont bien souvent malmenées par la réalité locale. Quelques exemples :
– Le projet stratégique du CCAS était lui aussi généreux et mais à ce jour on ne voit pas d’actions concrètes, au contraire plusieurs initiatives intéressantes ont été supprimées voir ralenties : je pense à « parler bambin », au pass-culture, aux paniers solidaires, aux réseaux d’échange et de savoir.
– Votre projet culturel, ouvert à toutes les énergies, est malmené et très critiqué par les acteurs locaux malgré un enthousiasme réel pendant votre campagne municipale
– Les projets d’urbanismes tels que celui de l’Esplanade peinent à trouver une réelle consistance citoyenne.
– Sur la question de la lutte contre les inégalités, votre fameux « bouclier social » est sacrifié à l’aune des restrictions budgétaires par le projet de rendre payant les études du soir.

Oui La démocratie locale a besoin de se renouveler et il faut bien inventer, tenter de nouvelles approches. Vos différents chantiers sur ce projet sont d’ailleurs ceux que je trouve les plus novateurs. Vous avez mis en place les conseils citoyens indépendants, les budgets participatifs et maintenant le droit d’interpellation. Mais une remarque : nous savons qu’une démocratie a besoin pour fonctionner de confrontations d’idées, de débats pour dégager des consensus. Et la recherche de consensus Mr le Maire, c’est certainement le plus gros écueil de votre majorité.
Un certain nombre de questions restent en suspend concernant votre mesure d’interpellation citoyenne présentée samedi dernier à la MC2 : Les intérêts particuliers soutenus par 20 000 votants auront-ils raison de l’intérêt général ? Votre équipe est-elle réellement prête à valider, sans renier ses valeurs, et si le cas se présente : l’extension de la vidéo surveillance, l’armement de la police municipale, la gratuité du périscolaire, la dé-municipalisation du tricycle, le retour des colonnes Morris… et par extension toute augmentation des tarifs et des impôts locaux ? Enfin une dernière question : une majorité élue ne doit-elle pas, en tout premier lieu, assumer pleinement la responsabilité du programme validé par ses électeurs ?
Vous vous êtes engagé la, sur un chantier certes audacieux, mais quelque peu risqué. Les pétitions entraineront un débat local nécessaire mais rien ne dit qu’elles n’augmenteront pas les inégalités. Les groupes de pression vont s’en emparer mais les citoyens risquent de rester au bord du quai. Il reste encore beaucoup d’arbitrages à faire pour que cette interpellation prenne sens, et personnellement je souhaite comme vous que la capacité d’agir des habitants se renforce.

Je ne souhaite pas tirer une généralité de tous ces constats, certainement pas exhaustifs.
Mais vous comprendrez Mr le Maire que, malgré tout l’intérêt des enjeux que vous soulevez, nous restions encore très circonspects quant à votre projet de « ville de demain », quand on suit de près la politique municipale et la réalité du terrain, qui restent bien loin des ambitions affichées dans votre délibération. »

Délibération N° 2-A 001 : Lancement de la démarche « Ville de Demain ».

Monsieur Eric PIOLLE expose,

Mesdames, Messieurs,

Des défis globaux jusqu’à l’école du coin de la rue, les villes du 21e siècle sont des actrices essentielles de la transition vers un modèle de société vivable et durable. Une ville, c’est bien sûr une histoire, écrite à des milliers de mains à travers les générations, ce sont également des paysages et puis des lieux. Une ville, ce sont aussi des énergies, individuelles et collectives, qui se rassemblent autour de projets communs. C’est une vie de quartier qui s’organise au quotidien, c’est là que les personnes habitent, travaillent, créent, portent des initiatives. C’est ici, dans les villes, et en lien étroit avec les territoires ruraux et de montagne, que s’inventent les nouvelles façons d’échanger, de travailler et de vivre ensemble. Pour relever les défis de l’avenir, les villes doivent s’organiser et réinventer leurs capacités à résoudre les problèmes et les conflits, à tracer collectivement les perspectives qui donnent du sens à la ville vivable et durable. Trois défis émergent tout particulièrement.

Délimitée par les montagnes, Grenoble est l’une des villes les plus denses de France. Là où les énergies d’hier étaient tendues vers l’expansion et la sur-densification de la ville, demain elles devront porter une nouvelle approche de la densité, et relever une série de défis : valoriser l’espace et la nature en ville dans un contexte de crise du logement, permettre à chacun d’utiliser le juste mode de déplacement à l’heure où la qualité de l’air ne cesse de se dégrader, réinventer les relations entre la ville et la montagne autour du tourisme 4 saisons et de la mixité sociale, etc. Autant d’actions qui confirment l’ambition de Grenoble à réduire les inégalités et à promouvoir le bien vivre en ville.

Le deuxième défi pour la Ville de Grenoble, c’est de continuer à redonner du sens à la production des biens communs et des services publics dans un contexte de raréfaction avancée des ressources, qu’elles soient naturelles, énergétiques ou bien financières. Refonder progressivement, sur la base de la co-construction, le contrat qui relie la puissance publique locale à la société, refonder la confiance, renouveler l’usage de la démocratie locale, accompagner les initiatives citoyennes émergentes : toutes les pistes qui proposent des issues collectives et positives aux décennies de crise devront être explorées.

Enfin, le développement massif du numérique, dans l’économie comme dans l’information, les transports ou la démocratie locale, transforme notre rapport à l’espace et au temps. L’émergence de l’économie du partage et de la collaboration transforme également notre environnement urbain. Au final, l’accès à l’information et à la donnée devient un nouveau facteur de construction et de répartition de la richesse, de l’information et de la participation citoyenne. Intégrer le numérique dans les champs d’action de la Ville est un outil pour bâtir un Grenoble plus solidaire, où chacun renforce son pouvoir d’agir.

2. Pour répondre à ces mutations profondes, la Ville de Grenoble anticipe et mobilise l’ensemble des ressources d’innovation du territoire, qu’elles soient sociales ou économiques, technologiques, scientifiques, culturelles ou artistiques. A cette fin, elle engage une démarche Grenoble, Ville de demain, fondée sur l’ambition de coconstruire une ville vivable et durable à partir de la mobilisation de l’intelligence et de la capacité d’innovation des habitants ; une ville où le bien commun se co-construit et se partage.

Grenoble, Ville de Demain, c’est la plateforme de la Ville de Grenoble pour rassembler les intelligences autour des chantiers du 21e siècle. Cette démarche a pour objectif d’encourager toutes les formes d’innovations en favorisant les collaborations entre les différents acteurs qu’ils soient publics, académiques, économiques, issus de la société civile et cela grâce à plusieurs outils.

Le premier outil, c’est La Fabrique : espace de dialogue et d’échanges entre élus, services, personnalités de la société civile, du monde économique, universitaires, la Fabrique doit permettre d’éclairer l’action collective. Pour l’année à venir, ses travaux seront consacrés à l’élaboration d’une contribution à la Conférence Internationale « Habitat 3 » qui aura lieu à Quito au mois d’octobre 2016 et qui aura pour feuille de route l’édition du nouvel agenda mondial dans le domaine de la ville durable. Ce programme de travail sera élaboré cette année en partenariat avec l’Université Grenoble Alpes, l’Institut de Géographie Alpine et Grenoble Ecole de Management. Au-delà de cet évènement, Grenoble, Ville de demain est la plateforme par laquelle la Ville de Grenoble va intensifier sa participation à des projets européens tournés vers la transition : appels à projet, partage de bonnes pratiques, fédération des réseaux de villes engagées dans la transition énergétique.

Deuxième outil : Les Ateliers. Ils visent à refonder les modalités de l’action publique en tenant compte à la fois de contraintes budgétaires inouïes et des nouvelles aspirations des habitants, parmi lesquelles la co-construction trouve toute sa place. Ils sont fondés sur l’innovation ouverte en associant au-delà des services publics de la ville, des partenaires universitaires, économiques ou de la société civile. A titre d’illustration, un atelier a d’ores et déjà été initié avec notamment le concours de l’Institut de Géographie Alpine sur la question de la place de l’information sur l’espace public. Héritière d’une belle histoire avant-gardiste, installée au cœur des Alpes, Grenoble se caractérise par une extraordinaire diversité de talents. La démarche Grenoble, Ville de demain, s’incarnera également à travers d’autres outils : les Appels à Projets et les Labels. Il s’agit de mettre en valeur et de faire connaître les initiatives, citoyennes ou professionnelles, qui mettent en mouvement le territoire grenoblois. Ces actions émergentes peuvent être initiées par un habitant, un collectif, une start-up, un industriel et dans des registres très diversifiés : innovation technique, sociale, environnementale, socioéconomique, etc. Chacun, par son histoire, par son expertise, peut contribuer à construire la ville vivable et durable dont nous avons besoin.

3. La démarche Grenoble, Ville de demain aura également pour vocation de proposer des temps publics d’échanges à partir des différents travaux issus de La Fabrique, des Ateliers collaboratifs ou des Appels à Projets. Pour ce faire, Le Kiosque, autre outil, constituera une programmation de rencontres « grand public » sur une saison. Ouvert dès la saison 2015-2016, il continuera de se développer au cours des saisons à venir.

Projet sur le site de la ville : http://www.grenoble.fr/655-ville-de-demain.htm

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