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Par Jean-Philippe Motte

Il semble que la référence aux GAM – les Groupes d’Action Municipale qui ont connu leur heure de gloire au cours des années 1960 et 70 – revienne dans le débat public local à l’occasion des élections municipales ; et qu’il soit bien venu de s’en recommander.

 

Vous avez dit GAM ?
Écartons d’emblée toute querelle d’héritage : GO Citoyenneté est certes né en1993 avec le concours de personnes qui s’inscrivaient dans le sillage des GAM et avec des idées et des propositions en résonance avec celles qu’elles avaient portées 20 auparavant. Mais cette filiation ne lui donne aucune exclusivité et on ne peut que se réjouir de ce que cet héritage soit partagé par diverses formations politiques et listes de candidats aux municipales. Encore faut-il que « l’étiquette corresponde à la marchandise » !


1) L’expression même de GAM renvoie à une réflexion engagée au début des années 60 au sein de l’Association pour la démocratie et l’action sociale et locale, l’ADELS, présidée à l’époque par Michel Rocard. L’ADELS recommande alors la création de groupe d’action communale pour développer de nouvelles exigences démocratiques au sein des collectivités locales, de nouvelles manières d’exercer le pouvoir politique local en dialogue et en interaction avec les citoyens. Il s’agit de régénérer une démocratie locale passablement enlisée dans un régime de notables et de clientèles.

Le GAM grenoblois nait dans les années 1963 – 65 et apparait publiquement lors des élections municipales de 1965, au sein d’une liste associant également les socialistes de la SFIO et les militants du PSU (dont M. Rocard est le secrétaire national). Il est emmené et incarné par H Dubedout, directeur adjoint du CENG, ancien officier de marine, qui trouve son inspiration politique chez P. Mendes France. On connaît la suite : 3 mandats de maire (1965 – 1983) à la tête de municipalités longtemps novatrices dans tous les domaines de l’action publique locale : aménagement et urbanisme, action sociale et de santé, culture et sport, développement économique, éducation – le tout éclairé et inspiré par une pratique d’information et de concertation avec les habitants rassemblées notamment au sein d’associations de quartiers vigoureuses.
Le GAM grenoblois est bien présent et actif au cours de la première partie de cette période disons les années 65 – 75, les plus productives. L’année 73 marque pour lui comme un point d’arrêt. H Dubedout se présente aux élections législatives du printemps 1973 en lieu et place de P Mendes France, malade. Il adhère dans la foulée au parti socialiste et cumule à partir de ce moment-là le mandat de maire et celui de député. Ceci va à l’encontre d’un élément central de la doctrine des GAM. Le fait est que le GAM grenoblois s’effacera progressivement du paysage politique local dans la seconde partie des années 70.

2) Trois dimensions majeures caractérisent le GAM à sa naissance et dans sa courte vie active :
– la volonté de « gouverner » et de maitriser le développement urbain grenoblois car la ville explose dans les années 60 ; et de construire une ville équilibrée entre ses différentes fonctions, dotée d’un solide réseau d’équipements publics à l’échelle des quartiers et de la ville dans son ensemble, et ouverte à tous les habitants,

– la volonté de faire la ville avec ses citoyens, de leur donner les éléments de connaissance et de compréhension qui leur permettent d’analyser les situations et les problèmes, de participer aux discussions, choix et décisions dans tous les domaines ; d’être présent dans le cheminement qui va de l’élaboration à la mise en œuvre des décisions publiques,

– la volonté d’élargir le champ de responsabilité et d’action du pouvoir municipal en combinant détermination politique, force de frappe financière (fiscalité forte) et capacité de conception et d’intervention des équipes professionnelles qu’il pilote.

Ces traits majeurs demeurent significatifs et c’est pourquoi le GAM peut légitimement inspirer les démarches d’ aujourd’hui – nonobstant le fait que le contexte économique, social, culturel à terriblement changé en 50 ans, et même en 20 ans, pour prendre le repère de la naissance de GO Citoyenneté.
Notre actualité est faite d’une crise profonde, entraînant la nécessité de bâtir un nouveau modèle de développement. Écartèlement de la société entre dynamique d’enrichissement et de mobilité pour une partie et enfoncement dans la précarité et la pauvreté pour une autre partie, avec des classes moyennes ballottées entre les deux. Réduction de la voilure des finances publiques pour de longues années et pour toutes les échelles des collectivités publiques. Montée de la revendication d’autonomie personnelle et d’individualisation des trajectoires de vie. Fin des systèmes de pensée permettant de définir d’un seul tenant une perspective historique pour notre monde. Irruption de l’information et de la communication instantanées et montée en puissance des réseaux sociaux.

3) Le nouveau contexte n’invalide pas les approches réformistes locales dont les GAM ont été porteurs en leur temps mais oblige à les repenser. Les responsables politiques locaux ont toujours à faire des villes belles et bonnes à vivre pour tous ; à mettre les personnes et leur devenir au départ de la réflexion et des propositions ; à miser sur leurs capacités à agir dans une cité dont nul ne soit exclu, bref à être citoyenne.
Ceci en prenant en considération à la fois le besoin d’enracinement dans un espace local « dilaté », élargi bien au-delà de l’échelle du quartier et de la ville qui fut celle des GAM, c’est l’espace de l’aire métropolitaine grenobloise, (Grésivaudan, Voironnais, Sud grenoblois, Chartreuse, Belledonne, Vercors) et du sillon alpin ; et à la fois le besoin d’ouverture à l’Europe et au monde et à la planète terre.

Grenoble Alpes Métropole est le nom de la communauté d’agglomération que nous avons constituée au début des années 2000. On retrouvait les initiales g, a, m !
Nous allons demain (2015) accéder au statut de Métropole avec une série de compétences et de responsabilités nouvelles définies par la loi toute récente, avec un territoire plus vaste.
Soyons dans ce mouvement avec la création des « groupes d’action métropolitains » moteur d’une citoyenneté à l’échelle de ce nouveau territoire !
Vive les nouveaux GAM !

Jean-Philippe Motte
10 Février 2014

Ce texte s’appuie sur l’importante communication faite par Bernard Pouyet à l’Académie delphinale. « Il y a cinquante ans (ou presque) naissait le GAM de Grenoble », publiée dans le Bulletin de celle-ci d’octobre 2013 (p 261 à 278).

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