Le Monde, 8 juin 2010, article de Benoit Pavan : Grenoble, la ville qui a cru en vain pouvoir changer les rythmes scolaires

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Luc Chatel installe lundi 7 juin la conférence sur les rythmes scolaires, dont les premières conclusions sont attendues pour mai 2011. Paul Bron sait mieux que quiconque la difficile mission qui attend la commission sur les rythmes scolaires mise en place lundi 7 juin par le ministre de l’éducation nationale, Luc Châtel. On ne touche pas si facilement aux rythmes scolaires, même s’ils sont jugés mauvais.

 

Le Monde, 8 juin 2010, article de Benoit Pavan : Grenoble, la ville qui a cru en vain pouvoir changer les rythmes scolaires
En janvier 2009, c’est à l’initiative de cet adjoint de la ville de Grenoble, chargé de l’éducation, que la municipalité amorce une concertation publique avec comme objectif de convaincre les parents d’élèves que la semaine de quatre jours, en vigueur dans les écoles depuis la rentrée 2008, est néfaste pour les apprentissages. L’élu souhaite que les établissements désireux de rajoute rune demi-journée puissent bénéficier d’une dérogation. Mais il se heurte au refus de l’inspection académique.
Avec l’accord de la municipalité, Paul Bron engage alors la tenue d’un débat d’envergure sur le rythme de l’enfant à ’école. Il veut mettre l’accent sur les conséquences de la semaine de quatre jours sur la cellule familiale. Durant trois mois, enseignants, parents d’élèves, associations locales, syndicats et personnels de la vie scolaire sont conviés à une quinzaine de réunions dans les différents quartiers de la ville. Le pédagogue Philippe Meirieu intervient même dans une vidéo projetée à chaque rassemblement. Des questionnaires d’opinion sont distribués. Au total, plusde8000 personnes participent aux échanges.«A contre-courant»

Le débat souligne d’emblée l’opposition farouche d’une majorité d’enseignants et de parents d’élèves à un retour à quatre jours et demie de travail. « Je savais que nous allions à contre-courant de la volonté d’une majorité de parents et que l’inspection académique avait reçu des consignes ministérielles pour que tout rentre dans l’ordre, confie l’adjoint à la mairie de Grenoble. Par ailleurs, peu d’enseignants ont eu le courage de dire que la direction empruntée n’était pas la bonne pour le bien-être des enfants. Ils ont été plus enclins à défendre leurs avantages.» «La concertation a été biaisée car les parents des élèves des quartiers difficiles, plus touchés que les autres par la semaine de quatre jours, se sont peu exprimés, estime pour sa part Dominique Nussard, présidente de la Fédération des conseils des parents d’élèves de l’Isère (FCPE). Résultat, les échanges se sont réorientés sur la capacité budgétaire de la collectivité à mettre en place son accompagnement.»

De son côté, Gabrielle Beyler, secrétaire départementale du Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC de l’Isère (SNUipp), affirme que les enseignants «ont été pris de court » et souligne le manque de coordination d’une démarche mise en place à la va-vite. «Un malentendu s’est installé car les enseignants n’avaient reçu aucune demande particulière de leur hiérarchie à ce sujet, ajoute-t-elle.
D’où cette impression que le débat e t arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe.»
Malgré le recul, Paul Bron estime encore aujourd’hui qu’il a été judicieux d’instaurer rapidement un dialogue pour ne pas laisser le nouveau fonctionnement mis en place par Xavier Darcos s’installer.

«Nous espérons que la commission de Luc Chatel va amorcer une réflexion sérieuse, conclut Dominique Nussard. En matière d’éducation, il est primordial de ne pas réagir en fonction de l’air du temps. Il faut revenir au plus vite sur la semaine de quatre jours dans l’intérêt de nos enfants.»

Benoit Pavan

Vous pouvez retrouver l’article de Benoit Pavan en PDF, publié dans Le Monde du mardi 8 juin en cliquant sur le lien ci-dessous.

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