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GO Citoyenneté : éthique mais pas idéologique

ENTRETIEN – Alors que son parti Go Citoyenneté fêtait cette semaine ses vingt ans d’existence dans le paysage politique grenoblois, Florence Hanff clôture trois mandats municipaux successifs. Elle définit l’identité politique du micro-parti grenoblois et justifie ses positions durant ces deux décennies. Actuellement adjointe aux politiques intergénérationnelles, elle précise les enjeux d’avenir pour accompagner le vieillissement de la population à Grenoble.Lire l’article complet de Victor Guilbert publié le 12 janvier 2014 en cliquant sur le lien ci-dessous

Article de Place Gre’Net

Place GRE'NET : ENTRETIEN AVEC Florence HANFF

 

Contrairement à la majorité des membres du mouvement Go Citoyenneté, Florence Hanff a eu un parcours militant et politique avant son arrivée dans cette formation grenobloise. C’est au sein du Parti communiste (PCF) qu’elle a débuté son engagement, ayant même appartenu à la direction fédérale du parti dans les années 80. Collaboratrice de Jean Giard, lorsqu’il était adjoint aux finances d’Hubert Dubedout et conseiller régional, c’est avec cet ancien député communiste grenoblois qu’elle rejoindra le mouvement naissant Go Citoyenneté en 1994 car « la refondation interne du PCF était impossible » et parce que « les militants avaient tendance à réécrire l’histoire à leur avantage ». Le « discours citoyen » de Go Citoyenneté et la volonté de « réinterroger les principes démocratiques de gestion publique » achèvent de la convaincre. C’est avec cette formation qu’elle obtiendra trois mandats municipaux successifs depuis 1995. Un premier d’élu du secteur 4 (1995–2001), un deuxième d’adjointe au logement et à l’habitat (2001–2008) et un troisième d’adjointe aux politiques intergénérationnelles et aux personnes âgées (2008–2014). Conformément aux règles éthiques de Go Citoyenneté en matière de cumul des mandats dans le temps, elle n’apparaîtra sur aucune liste en mars prochain. Go Citoyenneté fêtait cette semaine ses vingt ans d’existence. Que symbolise cet anniversaire ? Il représente la continuité de notre action. L’existence de Go Citoyenneté n’est pas inscrite dans le marbre. Peut-être ce mouvement disparaîtra-t-il un jour, comme l’ont fait d’autres mouvements citoyens grenoblois par le passé. Go Citoyenneté s’inscrivait dans la suite logique des groupes d’action municipaux (Gam) de Hubert Dubedout. Nous avons modernisé cette dynamique de démocratie locale. Vingt ans, c’est également le signe d’une maturité politique et la reconnaissance de notre appartenance au paysage politique local. Notre ambition était de donner aux citoyens le pouvoir d’agir et de s’impliquer. Dire que la politique ne se fait pas seulement dans des hautes sphères, mais qu’elle doit être dynamisée – surtout à l’échelle municipale – par l’implication directe des citoyens dans l’organisation et la gestion de la cité. © Nils Louna / placegrenet.fr Qu’est-ce qui définit l’identité politique de Go Citoyenneté ? C’est un mouvement local, citoyen et éthique. Il a été conçu et développé pour une action locale, sans ambition nationale. Mis à part quelques exceptions, nos membres et candidats viennent rarement d’autres structures politiques, mais davantage du milieu associatif ou d’organisations de quartiers. Ils découvrent généralement le milieu politique et son organisation. Contrairement aux autres partis, nous n’avons donc pas de cadre dogmatique et idéologique établi. Cela nous oblige à procéder régulièrement à un exercice de concertation. Nous admettons ne pas avoir un avis sur tout. Intellectuellement, c’est très enrichissant, mais politiquement, c’est parfois inconfortable. Si nous n’avons pas de cadre idéologique, nous avons cependant des engagements éthiques : interdiction du cumul de certaines fonctions parallèles – nous ne pouvons pas être adjoint au maire et vice-président à la Métro – et limitation à trois mandats dans le temps. C’est la raison pour laquelle Jean-Philippe Motte et moi-même ne renouvelons pas notre candidature. Trois mandats, c’est la bonne période pour avoir une expérience sérieuse de l’activité publique sans devenir un professionnel de la politique. Le premier mandat permet la découverte de la méthode et des dossiers, le deuxième précise l’action et l’implication, et le troisième procure une vue d’ensemble des politiques publiques municipales nécessaires pour donner une réponse adaptée aux problèmes. Ce sont nos règles éthiques, mais nous ne les exigeons pas de nos partenaires. Le manque d’éthique est l’un des principaux critères de la montée de l’abstention et du rejet de la classe politique. Pourquoi ne pas exiger des efforts similaires de vos partenaires ? La loi sur le non-cumul des mandats – qui pourrait encore être améliorée – sera déjà un premier pas pour briser le tabou et permettre le renouveau en politique. Libre ensuite aux différentes formations politiques de choisir leurs règles en la matière. Nos règles éthiques se justifient également par un équilibre nécessaire entre « vie personnelle » et « vie politique ». Nous restons ainsi connectés au réel : ses problèmes comme ses joies. © Nils Louna / placegrenet.fr L’opposition au « système Carignon » figure également dans l’ADN de Go Citoyenneté. Croyez-vous au renouveau, alors que l’ancien maire de Grenoble pourrait faire son retour au conseil municipal ? Nous n’étions pas les seuls à l’époque à nous opposer à la municipalité Carignon et à ses méthodes. C’était l’exemple de la dérive en politique provoquée par l’absence de contre-pouvoir. L’être humain peut toujours dériver quand il a du pouvoir. Le contre-pouvoir permet une éthique collective en plus de cette éthique personnelle primordiale. Je suis sidérée par le retour d’Alain Carignon dans la vie politique grenobloise. C’est l’image la plus négative du politique et de l’exacerbation des égos. S’il a effectivement purgé sa peine après sa condamnation pour corruption, pourquoi revient-il alors que trois mandats municipaux se sont écoulés ? La génération de Grenoblois l’ayant connu ne conçoit pas son retour. Pour les autres, Alain Carignon ne représente pas l’avenir. Son retour est le signe d’une vie politique malsaine. « Vingt ans, c’est la continuité », dites-vous. Ce n’est pas le cas des positionnements de Go Citoyenneté aux élections municipales successives. Autonome en 1995, allié aux écologistes en 2001, à nouveau autonome en 2008, puis allié aux socialistes aujourd’hui. Est-ce cohérent ? Chaque élection se fait au cas par cas et nous permet d’affiner notre position. En 1995, c’est un désaccord sur la méthode de désignation de la tête de liste qui avait bloqué une alliance avec les socialistes. Ils avaient rejeté une désignation par une convention de 500 personnes. L’alliance avec les écologistes en 2001 a fait émerger des désaccords qui se sont confirmés durant le mandat suivant. L’Association démocratie écologie et solidarité (Ades) notamment – où il y a, aujourd’hui encore, certains “ayatollahs” – n’avait pas de culture du compromis, ni celle de la gestion. Toutes les décisions municipales ne peuvent pas être ramenées à l’aune d’une idéologie. Nous avons fait le choix de l’autonomie en 2008 car nous n’avions pas été suffisamment reconnus comme le partenaire privilégié du Parti socialiste durant le mandat précédent. Aujourd’hui, au sortir de ce mandat, nous dressons un bilan beaucoup plus serein. Le travail a été accompli. Il y a eu une continuité politique, sur la question du logement par exemple, et les engagements ont été tenus. Pour cette raison, nous sommes loyaux envers le Parti socialiste, même si certains nous le reprochent, y compris à l’intérieur de Go Citoyenneté. © Nils Louna / placegrenet.fr C’est l’une des raisons pour lesquelles une partie de vos militants a fait défection en 2008. Go Citoyenneté n’a-t-il pas été aspiré par le PS ? Nous savons nous démarquer quand il y a un désaccord fondamental. C’est dans les groupes de travail, qui ne sont pas ouverts à l’opposition, que nous faisons pression. C’est également là qu’émergent les compromis, sur le fond et non en tant que posture intellectuelle. L’absence de rupture avec la majorité municipale, que nous reproche l’Ades, est une manière pour elle de gérer son électorat délicat. Cette dernière fait le grand écart entre les contestataires et les bobos qu’elle fédère aujourd’hui. Pour 2014, nous avons rencontré ses membres à deux reprises avant de renouveler notre alliance avec les socialistes, mais nos désaccords fondamentaux d’antan n’ont pas évolué. Par exemple, ils ont une position réfléchie mais dogmatique sur l’attribution de subventions aux pôles de compétitivité, estimant que la recherche fondamentale et la pré-industrialisation ne doivent pas être financées par l’argent public. Nous ne sommes pas aussi fermes car c’est actuellement la seule manière de développer de nouvelles industries créatrices d’emplois. Autre exemple : leur discours urbanistique est bien maquillé mais ne fédère que sur le rejet de la densité, alors qu’il faut concilier le besoin de logements et celui d’espaces communs. Vous êtes en charge des politiques intergénérationnelles dans l’équipe municipale sortante. Quel état des lieux dressez-vous à ce sujet ? Grenoble est une ville intergénérationnelle mais les différentes générations se côtoient encore trop peu. Définir ce que nous pouvons mettre en commun à travers les âges est pourtant un enjeu du vivre-ensemble. L’harmonie entre les générations est encore fragile dans l’habitat et au travail, alors que cette mixité permet une transmission du savoir, de l’histoire et des connaissances. Le rôle du politique est de maintenir un mélange des générations pour ne pas tomber dans une société catégorisée qui isolerait et créerait des peurs infondées entre les différentes classes d’âge. © Nils Louna / placegrenet.fr Vieillir à Grenoble, est-ce confortable ? Il vaut mieux vieillir en ville qu’à la campagne, en raison de la proximité des équipements, des services destinés aux aînés et pour maintenir une vie sociale. Le gros problème du vieillissement est la solitude et l’isolement qu’il provoque parfois. Mais c’est aussi un phénomène que l’on peut retrouver chez les jeunes. Il y a des passerelles à dresser. C’est le sens du dispositif « Voisin’Âge » que la ville met actuellement en place, en partenariat avec Les petits frères des pauvres. Il permet, grâce à une plateforme informatique, de développer les rencontres entre les générations d’un même immeuble par des services rendus et des gestes simples d’attention. C’est un engagement minime pour les “voisineurs” volontaires, mais une attention précieuse et sociabilisante pour le “voisiné” âgé. Quels sont les aménagements d’avenir encore nécessaires à Grenoble pour continuer d’accueillir une population âgée, qui va considérablement augmenter dans les années à venir ? L’étude des besoins sociaux démontre la précarité des récents et des prochains retraités. Beaucoup ont un parcours professionnel discontinu, émaillé de périodes de chômage. Conséquence : leurs droits à la retraite sont maigres. Il faudra faire face à cette précarité. Le CCAS (Centre communal d’action sociale) propose déjà une aide d’urgence mais nous réfléchissons à des dispositifs complémentaires, comme un élargissement des paniers solidaires et la création d’épiceries solidaires, qui intéressent beaucoup les jeunes et les personnes âgées en situation de précarité. C’est notre rôle d’accompagner au vieillissement dans l’autonomie, mais c’est celui de l’État de prendre des mesures en faveur du grand âge. Par ailleurs, la ville de Grenoble, la Métro et le Conseil général de l’Isère subventionnent, à travers un partenariat public-privé, le technopôle Alpes santé à domicile et autonomie (Tasda), qui met la technologie au service du vieillissement à travers des outils utiles comme la téléalarme. Il s’agit d’un bon exemple de soutien financier des collectivités publiques à un secteur en développement. Enfin, la ville de Grenoble a réalisé une étude sur la conception du vieillissement et du rapport au corps selon les sexes. Les conclusions démontrent qu’ils ne sont pas vécus de la même manière par un homme et par une femme, notamment dans les zones urbaines sensibles. Les femmes consacrent peu de temps à s’occuper d’elles-mêmes, leur vie sociale se réduit… et ne parlons même pas de leur vie sentimentale et sexuelle. Là-dessus, nous devons proposer des projets pour le prochain mandat qui répondent à ces problématiques. Les personnes âgés doivent se réapproprier leur corps. © Nils Louna / placegrenet.fr Concernant l’habitat, faut-il privilégier le maintien à domicile des personnes âgées, dans les politiques publiques ? L’enjeu est de diversifier les solutions proposées. Il manque des solutions intermédiaires entre le domicile et la maison de retraite. C’est la réflexion qui a été portée autour des cinq logements-foyers municipaux. Nous avons œuvré, durant ce mandat, à les ouvrir sur la vie de quartier et à rajeunir le public logé. Si le développement des services d’aide à domicile relève des compétences du Conseil général, le rôle de la ville est notamment d’être vigilante aux critères d’accessibilité lors de la conception d’un habitat. On évoque souvent la mixité sociale de l’habitat mais il faut également veiller à la mixité générationnelle, et cela, dès la conception des programmes urbanistiques. Grenoble dispose-t-elle de suffisamment d’établissements adaptés à un public en situation de dépendance ? Quatre structures d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) existent aujourd’hui à Grenoble. Durant ce mandat, la ville a soutenu la construction de la maison de retraite de la rue Jean Bart, en donnant gratuitement le terrain par un bail emphytéotique de 99 ans. L’objectif était d’obtenir des coûts de sortie abordables pour les personnes âgées. Par ailleurs, une nouvelle maison de retraite est également prévue sur la Zac Flaubert. Le besoin en nouveaux établissements n’est donc pas criant. En revanche, nous manquons d’espaces dédiés aux 3 900 malades d’Alzheimer que compte l’agglomération grenobloise. Des places en maisons de retraite et des unités spécialisées de taille conséquente sont nécessaires. La ville a créé un dispositif pour soutenir les aidants, qui sont les victimes collatérales de cette maladie. Des proches qui viennent en aide aux malades meurent en effet parfois d’épuisement avant le malade lui-même. Ce dispositif comporte une équipe mobile spécialisée et une maison des aidants, lieu de répit où ils peuvent s’informer et déposer ponctuellement le malade, le temps d’une course ou d’une activité. © Nils Louna / placegrenet.fr Michèle Delaunay, la ministre déléguée aux personnes âgées souhaitait, cette semaine, réglementer davantage les résidences-services. Ces logements – qui proposent des services (restauration, surveillance, loisirs… ) entrant dans les charges de copropriété – sont en fort développement, notamment sous l’impulsion de grands groupes privés. S’agit-il, à votre sens, d’un modèle d’hébergement générationnel souhaitable ? Cela répond à la demande d’un public qui en a les moyens et qui souhaite avoir des garanties de sécurité et de services d’hyper-proximité. Si nous ne pouvons empêcher leur émergence, je ne souhaite pas subventionner de tels programmes qui conduisent à l’entre-soi et à une forme de communautarisme générationnel. Propos recueillis par Victor Guilbert Photos de Nils Louna L’entretien a été réalisé le jeudi 2 janvier dans le bureau de Florence Hanff à l’Hôtel de Ville de Grenoble. Il n’a pas été soumis à relecture.Source : article Hanff : « Go Citoyenneté, éthique mais pas idéologique” – Place Gre’net de PlaceGrenet

Categorie: Actualités de GO

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